Rory avait pris l’habitude
d’aller le soir sur un toit pour observer Anah. Mais cette fois, elle resta plus longtemps, absorbée par ses pensées. Toujours elle avait sur ses joues quelques fines larmes d’argent. Ses yeux de
coutume inexpressifs reflétaient haine et tristesse.
La gardienne n’avait encore
jamais vu de mère auprès d’Anah ; peut-être n’existait-elle pas.
Il devait être minuit. Dans le
salon il n’y avait personne. Rory décida d’aller fouiner un peu dans la chambre de la fille. Elle fit le tour de la maison et s’arrêta devant une fenêtre. Là, elle vit Anah, l’air désespérée.
Elle ne pleurait pas mais ses yeux étaient mouillés. Son père entra dans la pièce et s’asseya aux côtés de l’enfant. Il posa sa main sur sa jambe puis sur sa joue, et l’embrassa. Il commença à
retirer ses vêtements mais Anah le repoussa.
« Ne me touche pas !
J’en ai marre ! Ne m’approche plus ! »
L’homme se leva et l’attrapa
par les cheveux. Il la jeta à terre et la frappa du pied.
« Laisse-toi faire !
Sinon je n’aurai d’autres choix que de te forcer ! »
Rory ne put rester là sans
réagir. Elle se jeta par la fenêtre, brisant le verre qui lui griffa le visage. Elle roula au sol et atterri derrière le père. Celui-ci n’eut pas le temps de se défendre que la pointe du sabre
meurtrier s’enfonça dans son dos.
« Anah. C’est toi qui
dois me dire si je l’achève. A moins que tu ne veuilles tuer ce salaud par toi-même…
- Je… Je ne suis pas un
assassin !
- Très bien, alors je le
laisse vivre.
-
Non ! »
Surprenant ce qu’elle venait
de dire, Anah masqua sa bouche de ses mains. Rory, souriante, poussa son sabre, transperçant ainsi le dos du père. Ce dernier tomba à genoux. La meurtrière retira lentement son arme rougie et
l’homme s’effondra sur ses mains, crachant du sang. Anah fit un pas en arrière, les larmes aux yeux, la main aux lèvres.
« Il est…
mort ?
- Ça te dégoûte ? Ce
n’est pourtant pas la première fois que tu voies la mort il me semble. »
La fille s’arrêta soudainement
de trembler, regardant dans le vide, la bouche à demi ouverte. Des images se brusquèrent dans sa tête, s’entrechoquant. Un homme en noir. Une arme à feu. Une enfant enragée. La mort. Oui, ce
n’était pas la première fois qu’elle voyait la mort. Elle l’avait rencontrée il y a plusieurs années de cela.
« Qui
es-tu ?
- Aujourd’hui je suis l’ange
de Satan. Il y a quelques années, je fus ta meurtrière.
- C’est toi la fille dans mes
cauchemars !
- Hahaha ! Je t’ai
traumatisée à ce point ?
- Mais… Pourquoi l’as-tu
tué ?
- Il m’énervait, c’est
tout. »
Rory rangea son arme dans son
fourreau et trempa son doigt dans le sang frais. La fille était apeurée. Est-ce que cet ange venait terminer ce qu’elle avait commencé ? Sinon pourquoi elle serait là. Anah ne bougeait pas,
elle ne savait pas ce qu’elle devait faire. Fuir ou bien rester ? La peur l’immobilisait de toute façon. Ses doigts bougeaient à peine et sa voix tremblait un peu.
« Tu sais, je ne t’en
veux pas d’avoir voulu me tuer. J’aurais agi de la même manière si j’avais été à ta place.
- Quoi ?!
Regarde-toi ! Tu serais incapable de tuer qui que ce soit ! Tu n’as même pas pu te défendre face à ça ! »
La gardienne montrait le père
de son doigt et souriait, satisfaite. Anah regarda le sol, reconnaissant la vérité.
« Mais… Tu ne m’as pas
tuée non plus. C’était cet homme en noir qui l’a fait, avec son arme à feu.
- Qu’est-ce que tu
racontes ? C’est moi qui…
- Tu n’y as jamais
repensé ? Comment une fillette de cinq six ans aurait pu tuer quelqu’un de cette manière ? Et je l’ai vue son arme. Un silencieux. »
Rory fut surprise de cette
remarque. Elle n’avait pas tort. Et cette gamine ne saurait pas mentir, surtout pas à elle. Elle se mit à rire ouvertement, les mains sur les hanches.
« Alors il avait tout
prévu ! Il se servait déjà de moi à cette époque !
- Il a gardé les enfants qui
étaient en vie ?
- Non. Ceux qu’il a laissés
vivre ont été vendus. Et il a vendu les organes de ceux qui étaient morts.
- Et tu restes sous ses ordres
malgré cela ?
- Je suis un assassin. Je me
fous de ce qu’il fait. Mon travail est de tuer, je ne vaux pas mieux que lui. Et le sang ne me déplaît pas. J’aime ce métier.
- Tu es
pardonnée. »
Anah souriait à la meurtrière.
Cette dernière fit une grimace et tapa doucement la tête de la fille.
« Idiote. On ne pardonne
pas celui qui vous a tué.
- Mais moi je veux te
pardonner !
- Toi t’as toujours pas
grandie. Ecoute. Je ne serai pardonnée qu’à ma mort… Et c’est toi qui m’achèveras. Là tu auras ta vengeance. Ce sont les règles du milieu assassin. Maintenant je m’en vais, je dois retourner
travailler. »
Rory sauta de nouveau par la
fenêtre déjà brisée pour atterrir dans le jardin. Mais Anah lui courut après et cria son nom.
« Rory ! Et je fais
quoi moi maintenant ?
- Tu te
démerdes.
- Mais je suis toute
seule ! Je ne pourrai jamais me débrouiller sans aide !
- Bon, très bien. Tu n’as qu’à
emménager chez mon protégé. Il fera avec.
- Et mon petit frère ? Je
ne peux pas l’abandonner !
- Sois tu viens avec moi
seule, sois tu continues d’aller de famille en famille avec ton frère.
- D’accord ! Je te
suis ! »
Anah passa par la fenêtre,
prenant soin de na pas se couper. Elle rejoint sa nouvelle protectrice d’un pas mal assuré, laissant derrière elle son passé.