[Je tenais à dire que ce court roman est mon tout premier, et qu'il date donc de y'a un petit moment. Je suis
donc bien consciente qu'il n'est pas super. Alors soyez indulgent ! Rory est bien mieux !]
« Avant sa destruction, le monde était recouvert d’un grand tapis vert ; il y avait des animaux sur toute la surface de la
planète. Partout, des plantes et des arbres grandissaient naturellement, sans aide humaine. On pouvait voir le ciel, bleu clair il me semble, et les nuages qui parfois l’envahissaient. Ceux-ci,
d’un blanc pur, lâchaient de fines pluies que l’on pouvait toucher et goûter. Quel bonheur était-ce de danser sous les pluies printanières ! On pouvait se promener le soir, sans aucune peur,
libre et heureux.
A présent, le monde est recouvert d’un plafond de métal noir pour nous protéger des pluies acides et des dieux en colère. Les animaux ont
disparu, nous laissant affamés sur des aliments biologiques, crées à partir de ce qu’il nous reste. Les herbes, fleurs et arbres ne sont plus que des êtres enfermés dans des bocaux, dépendants
des hommes. Les rues sont des plus sombres ; si l’on s’y promène un danger nous guettera dans le but de nous tuer. La longévité de vie peut aller jusqu’à 150 ans pour les plus chanceux mais
la plupart des gens sont vite tués ou suicidés. Mais avons-nous le choix ?
Les hommes ont provoqué leur propre perte lors de la troisième guerre mondiale il y a de cela quelques années. Nous, habitants de la Nouvelle
Terre, subissons les conséquences de la destruction du monde.
Un grand merci à nos ancêtres ! »
Le ministre avait bien parlé.
Toute la foule applaudissait alors même qu’elle ne comprenait pas tout. Cheza regardait la télévision, le café entre les mains.
- Maman ? C’est quoi un « animaux » ?
- Mmmh… Des êtres vivants à quatre ou deux pattes qui ne parlent pas la même langue que nous et peuvent servir de nourriture. Ils ont soit des poils, soit des plumes, soit des
écailles. Ils vivaient sur terre, dans les airs ou dans l’eau. Mon café.
Cheza donna la tasse à sa maîtresse, l’air pensive. Elle n’avait jamais vu d’animaux et n’en verrait jamais. Ils avaient pourtant l’air si
drôles avec leurs pattes et leurs plumes.
- Cheza. Voilà une liste des courses à faire. Sors en ville et ramène-moi tout ça.
Un grand sourire s’afficha sur le visage de la fillette. Elle attendait cela depuis tellement longtemps.
- Ca fait quelques mois que je t’ai eue et maintenant tu as ta carte. Je pense que je peux te faire confiance.
- Oui ! Je reviendrai vite maman !
La gamine s’en alla, heureuse, le papier à la main. Ingrid était toujours sur le canapé, étonnée.
- Elle est… heureuse ? Sa programmation est vraiment étrange…
La femme prit un téléphone et tapota le clavier. Ça sonnait. Une voix répondit.
- Professeur Alann ? C’est Ingrid DE LA BOHEME. Je travaille pour vous, dans le secteur recherches…
- … Oui c’est cela même…
- … En fait j’ai un petit problème avec mon robot. Il me semble qu’elle réfléchit un peu trop, elle se pose des questions…
- … Oui bien sûr. C’est le 3A825H, ID8546…
- … Oui en effet…
- … C’est vrai ? Eh bien vous n’avez qu’à passer à mon appartement. C’est rue de France, immeuble 112.
- … Bien. Merci…
- … Au revoir…
Ingrid raccrocha, le sourire aux lèvres. A peine posa-t-elle le téléphone que Cheza arriva, deux bras en moins, et un sac plein de
marchandises tenu entre ses lèvres.
- Che… Cheza ! Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
- Y’a un monsieur qui est venu me voir et il m’a demandé si je voulais un bonbon. Alors j’ai dit oui et il m’a entraînée dans une ruelle où il n’y avait personne. Et puis un
autre monsieur est arrivé avec un marteau de fer et m’a arraché les bras. Il a dit que c’était pour la bonne cause. Ça fait mal maman.
La petite plongea dans les bras de sa mère et pleura. De vrais larmes transparentes au goût sel glissaient sur les joues
métalliques.
- Des trafiquants… Je suis désolée ma chérie ! Tu n’es encore qu’une enfant, j’aurais dû me méfier. Pardonne-moi…
En quelques secondes, l’air triste et désolé d’Ingrid se transforma en méfiance. Son air inquiet et compatissant s’était changé en air
sévère.
- Mais… tu es juste un robot ! Qu’est-ce qui m’arrive ? Tu n’as pas de nerfs, ça ne peut pas te faire mal !
- Ça fait mal au cœur maman, pas au corps.
- Ton… cœur ? Mais ton cœur est une puce et… un robot ne peut pas avoir de telles émotions !
- Maman…
Ingrid eut un pincement au cœur et retint ses larmes.
Quelqu’un sonna. La femme fit venir l’invité. Un homme plutôt âgé, les cheveux grisonnant, une légère barbe couleur cendres, les yeux bleus,
se présenta au seuil de l’appartement. Il tenait une mallette.
- Professeur !
- Vous allez bien Ingrid ?
- Euh… Oui oui !
Le professeur Alann regarda la petite blonde et esquissa un sourire. Elle l’observait elle aussi, timide, les joues quelque peu rougies. Puis
elle baissa les yeux et serra plus fortement sa mère.
- Alors voilà le fameux RCA ! Qu’elle est mignonne ! Qu’est-il arrivé à ses bras ?
- Elle s’appelle Cheza.
- Oui oui, aucune importance. Ses bras ?
- Des trafiquants les lui ont pris.
- Je vois…
- Euh… Cheza ? Ce monsieur est médecin, il va s’occuper de toi !
Ingrid était déjà rongée de remords. Pourquoi faisait-elle ça ? Elle n’en était pas sûre elle-même. Elle ne voulait pas de problèmes… ou
de poids.
- Mmmh… Il n’y a plus rien à faire pour ces bras… Je vais baisser le montant…
- Ah…
- Enfin… Voilà pour vous. Je repasserai plus tard, d’accord ?
Le professeur donna quelques pièces d’or à la femme, regarda de nouveau le robot et partit sans rien ajouter, sans un geste. Ingrid ne disait
rien. Elle n’avait rien à dire ; elle savait que Cheza se doutait de quelque chose.
- Maman, je t’aime.
Ce fut la goutte d’eau. Ingrid se laissa tomber sur le sol et pleura quelques secondes. La fillette s’approcha et la prit dans ses bras mais
la mère repoussa la petite.
- Non ! Va-t-en !
Cheza ne comprenait pas. Mais elle pensa qu’il était sage de laisser sa maîtresse seule. Alors elle sortit. Dehors, rien n’avait changé.
Toujours autant de gens sur les trottoirs. La milice croisait le RCA blessé et l’ignorait. Elle courut se réfugier dans une petite ruelle sale et s’assit par terre. Un petit garçon passa devant
elle et s’arrêta. Un RCA, un étrange RCA ; ses yeux ne brillaient pas de la même manière que ses semblables. Il regarda Cheza et lui adressa la parole.
- Eh ! Salut toi. Tu… Tu es un robot ?
- Euh… Oui.
La petite de métal rougissait. C’était la première fois que quelqu’un qui n’était pas son maître lui parlait
de son propre chef, pour la connaître, pour discuter.
- Je suis Kalan. Et toi c’est quoi ton nom ?
- Je… euh… Je m’appelle Cheza.
- Cheza ! Alors c’est bien toi qui m’appelais !
- Quoi ? Moi… je t’ai appelé ?
- Mais oui ! Depuis ma création au laboratoire je t’entends ! C’est pour te retrouver que je me suis enfuis !
- Enfui ? Pour moi ? Je… Je ne comprends pas tout je crois.
- En même temps tu es juste un robot… Tu ne peux pas tout comprendre…
- Qu’est-ce que tu veux dire ?! Bien sûr que si je comprends tout !
- Alors tu devrais comprendre que tu n’es qu’un robot… Tu n’as pas ce que les humains appellent l’existence…
- L’existence…
Le robot n’eut pas le temps de réfléchir plus longtemps. Des robots de la milice l’avaient repéré. Le garçon attrapa Cheza et l’emmena avec
lui, en courant vers un mur qu’ils franchirent pour retomber de l’autre côté. La milice les poursuivait toujours, sautant eux aussi par-dessus les obstacles. Les deux enfants se retrouvèrent dans
la rue principale, bondée d’humains. Ils couraient, regardant de temps en temps derrière eux la milice qui les pourchassait toujours. Arrêtant leur course, un homme les attrapa et les fit entrer
dans un bar. La milice continuait de courir, dorénavant seule. Kalan et Cheza regardèrent le visage de leur sauveur, mais celui-ci avait déjà disparu.
Les deux robots attendirent deux heures dans le pub, le temps que la mémoire de la milice soit renouvelée. Puis ils sortirent du bistrot et
se regardèrent les yeux dans les yeux.
- Je dois partir Kalan. Ma maîtresse m’attend.
- Attends ! Ne pars pas alors que je viens enfinde te trouver !
- Je suis désolée. Je te promets de revenir te voir.
Cheza remonta la rue, le circuit plein de questionnements. Qui était ce robot ? D’où la connaissait-il ? Pourquoi la
recherchait-il ? Ces réponses elle ne les aurait pas tout de suite. Elle devait retourner vers sa mère ; quelque chose n’allait pas.
Ingrid faisait les cent pas dans l’appartement. Elle s’inquiétait pour sa fille, elle était si naïve. Il était tellement facile de la
manipuler et de faire d’elle tout ce qu’on voulait. Le robot arriva enfin, subissant l’étreinte de la femme.
- Où étais-tu ? J’étais tellement inquiète !
- J’ai rencontré un robot comme moi ! Kalan ! Il me connaissait déjà, il a dit que je l’appelais. Et puis après on s’est fait poursuivre par la milice et y’a un
monsieur qui nous a sauvés !
- Kalan ? Et d’où te connaissait-il ?
- Je sais pas. Il s’est enfui de son laboratoire pour me retrouver. Mais je ne sais pas pourquoi.
- D’accord. Nous verrons ça plus tard. J’espère que ce n’est pas de nouveau des trafiquants qui sont derrière ça…
- Dis maman ? Est-ce que… Est-ce que j’existe ? Je suis là, je cherche à vivre et à être heureuse mais au fond ai-je vraiment une âme ? Est-ce qu’un robot fait de
fer et d’acier peut lui aussi vivre comme les humains ?
- …
- Maman ? Pourquoi tu ne dis rien ?
- Cheza… Demain il te faudra partir à la décharge… Je suis désolée mais tu n’as plu ton utilité ici depuis… depuis que tu as perdu l’usage de tes bras…
- Ma… Maman ?! Mais pourquoi ?! Tu m’avais dit… que tu m’aimais !
- Tu restes un robot, un objet troqué. Si tu ne sers plus à rien sans tes bras, je n’ai plus besoin de te garder.
- C’est le monsieur qui t’a donné des pièces hein ? C’est ça ?
- …
Ingrid entra dans sa chambre et se coucha sans se changer. Elle était fatiguée. Fatiguée de se poser tant de
questions. « Depuis que j’ai cette petite, pensa-t-elle, je remets tout en question. Se poser trop de questions peut être mortel. Alors désolée Cheza, je fais ça pour ma propre
survie. ». L’enfant était restée devant le canapé, ne sachant que faire. Si elle avait eu ses deux bras elle aurait préparé un café à sa maîtresse. Cette dernière avait raison, sans ses
membres elle ne servait à rien.
Pour la première fois, Cheza s’endormit. Elle se retrouva dans une prairie cernée de forêts, elles-mêmes
entourées de montagnes. Le robot marcha dans l’étendue d’herbe jusqu’à trouver une cabane de bois. La porte émit un grincement sonore en s’ouvrant.