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Vendredi 20 juillet 2007
[ A partir de maintenant, entre mes poèmes, je vais aussi vous faire part de mon tout premier roman. Ce sera bien sûr un extrait et vous n'aurez donc pas la fin. Mais vous aurez des morceaux régulièrement. Voici donc le début ! Bonne lecture ! ]

[ Je n'ai pas trouvé de titre pour le moment, donc il sintitulera Rory. ]


Rory - Chapitre 1 : Introduction


            Une vingtaine d’enfants était alignée, serrés dans une pièce sombre. L’autre moitié avait péri durant le voyage, débarrassant ainsi l’équipage des plus faibles. Un homme, paraissant être le chef, entra et observa les enfants. Il se tenait droit, les bras derrière le dos. Il avait un costume noir aux boutons dorés et des cheveux d’ébène. Ses yeux verts scrutaient sans arrêt ce qui l’entourait. Il s’approcha du garçon à l’extrémité gauche, sortit un pistolet et tira, envoyant une balle de plomb dans le front du petit. Il défila ainsi devant les enfants, tuant ceux qu’il jugeait de mauvaise beauté.

            Il arriva devant une fillette de cinq ou six ans qui pleurait. Voyant l’assassin face à elle, elle se mit à hurler.

            « Non ! Non ! Je veux pas mourir ! Je suis qu’une enfant ! C’est pas l’heure ! Pas maintenant ! Par pitié ! Je vous en supplie ! Je ferai n’importe quoi mais par pitié ne me tuez pas ! Je vous en prie… »

            L’homme émit un petit rire et se gratta le menton. Il observa un instant la gamine qui pleurait encore un peu. Ses cheveux paille étaient sales, tout comme son visage terreux. Ses yeux mouillés avaient la couleur du bleu de la nuit. Elle était maigre, squelettique, mais elle avait un certain charme.

            « Bien. Je te laisse une chance de me prouver que tu veux vivre. »

            Il tendit son arme à la gamine et désigna la fillette à ses côtés d’un mouvement de la tête.

            « Prends sa vie pour garder la tienne. »

            L’enfant, tremblante, prit maladroitement le pistolet et regarda timidement sa voisine. Elle se tourna vers elle et appuya sur la gâchette. Aucun bruit ne se fit entendre et la fille était toujours debout. La gamine se remit à pleurer, ne désirant pas la mort. D’un geste désespéré, elle se jeta sur la petite.

            « Tu vas mourir ! Tu vas mourir ! Je veux que tu meures ! Meurs ! Meurs ! Meurs ! »

            Elle lui arrachait les cheveux, lui cassait les doigts, lui griffait le visage et le cou. Tout en agissant elle pleurait. Elle pleurait comme elle ne l’avait jamais fait. Les larmes avaient envahi son visage, aveuglant ses deux yeux. Elle hurlait. Elle hurlait comme si c’était elle qui souffrait.

            L’homme rangea son pistolet pour sortir un silencieux qu’il arma. La petite martyre put voir ses souffrances abrégées, s’effondrant au sol. L’enfant ne comprit pas ce qui venait de se passer. Elle regarda longuement le cadavre, puis l’homme.

            « Pourquoi… Pourquoi elle bouge plus ? Pourquoi elle est par terre ? Qu’est-ce qu’il se passe ?

            - Bravo ! Tu as pris sa vie. Maintenant tu pourras continuer de vivre. »

            L’homme claqua des doigts et s’en alla. Les enfants qu’il restait se jetèrent les uns sur les autres, espérant ainsi vivre. Des hommes s’emparèrent des gosses ayant été choisis auparavant et de la gamine, qui n’osait plus bouger. 


[ La suite pour plus tard ! En attendant n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ! ]

Par Gomel - Publié dans : Rory
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Samedi 28 juillet 2007

Rory attendait patiemment dans l’ombre. Ses cheveux paille battaient au rythme du vent, dissimulant parfois son visage. Elle guettait sa proie, comme un chat sa souris. Son sabre la chatouillait un peu, désirant être dégainé.

Un homme élégamment vêtu sortit d’un immeuble, seul. L’assassin des ténèbres s’approcha doucement de l’imprudent et planta son arme dans son dos.

« Alors ? Tu dégustes ? Je massacre tous ceux qui veulent du mal au chouchou de mon maître. Je suis l’ange de Satan. Crève ! »

Rory retira son sabre, laissant l’homme tomber à genoux sur le sol, puis s’étaler ventre à terre. Elle se retourna, fit deux pas et s’arrêta. L'humain au sol tenta d’articuler des mots.

« Avez-vous… conscience… de qui… est réellement l’homme… que vous protégez…

- Bien sûr ! Sinon je croquerais cet insolent. Tais-toi maintenant ! N’oublis pas que tu es mort. Il te faut aller purger ta peine en Enfer. »

L’homme suffoqua quelques instants, puis rendit son dernier soupir. Hadès apparut, enveloppé de noir.

« Je viens prendre son âme. 

- Sans blague ! Je pensais que tu venais déposer ses cadeaux, Père Noël ! »

Hadès posa sa main sur le corps inerte et ferma le poing. Il tira du ventre du cadavre une sorte de mouchoir blanc sale, le mit dans sa poche et disparut.

 

Il était plus de minuit mais il ne dormait pas. Pourtant il lui faudrait se lever tôt au matin. Il s’apprêta à ramasser des feuilles de papier par terre mais une lame blanche le prit de cours et se posa avant lui sur le paquet.

« Qui êtes-vous ?

- Ton ange gardien crétin !

- Oui, c’est une évidence. »

Le garçon regarda attentivement celle qui avait pénétré dans sa chambre. C’était une femme, blonde, qui tenait entre ses mains un sabre. Elle le regardait avec des yeux froids. Il lui semblait avoir déjà vu cette guerrière. Mais il ne pouvait ne souvenir ni où, ni quand il aurait pu la croiser. Elle s’avança vers lui tout en rangeant son arme blanche.

« Si je n’avais pas à te protéger je te tuerais.

- Pourrais-je savoir en quel honneur vous venez m’offrir votre protection ?

- Non.

- D’accord… »

Le garçon alla s’asseoir à son bureau et prit une feuille. Il y écrivit un nom et quelques mots puis tendit la feuille vers la femme. 

« Serens. Etudiant. Vit seul. Je sais déjà qui tu es…

- Tu fais partie d’une organisation genre FBI ou quoi ? Ecoute, je ne te connais pas, tu rentres chez moi sans frapper en me disant que tu viens me protéger de je ne sais quoi et tu crois que je vais faire comme si de rien n’était ? Le mieux ce serait que tu retournes dans ton hospice et que tu m’oublies, ok ? »

 Tout en disant cela, le jeune garçon repoussait la guerrière vers la porte de la maison. Mais cette dernière sortit son sabre et fit tomber Serens au sol.

« Je ne peux pas te tuer mais je peux t’amputer d’un bras si tu veux ! Alors ne me touche plus jamais !

- Ok, ok ! Bon… Tu as un nom ? Ou je dois t’appeler cap’taine ?

- Appelle-moi Rory. »

L’étudiant se releva et Rory rengaina son arme. Il était curieux d’en connaître davantage sur elle, et il était maintenant persuadé de la connaître. Alors il décida de l’accepter, au moins pour voir jusqu’où cela le mènerait. De plus, elle possédait un sabre et savait le manier. Serens voulut engager la conversation et dit la première chose qui lui passa par l’esprit.

« D’où vient ton nom ? Je ne l’avais encore jamais entendu.

- Et alors ? Qu’est-ce que ça peut te faire ? Ecoute. Moi, la seule chose qui m’intéresse c’est accomplir les missions que me donne mon maître. Et il ne m’a jamais ordonné de faire copain-copain avec toi, alors oublie-moi. »

Rory s’assit sur le bureau de bois, les jambes croisées. Le garçon s’installa sur son lit, des tas de feuilles blanches sur le drap. Peu de temps après il s’endormit, toujours habillé.

Par Gomel - Publié dans : Rory
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Mercredi 8 août 2007

[Désolée pour le retard, j'étais partie en camping pendant une semaine. Mais maintenant je suis revenue avec de nouveaux articles !]

            Serens avait mis le réveil à six heures. La mélodie était douce et le réveilla avec délicatesse. Quand il ouvrit les yeux, il sursauta en voyant la gardienne. Elle n’avait pas bougé. Elle était toujours assise sur le bureau, les yeux ouverts.

            « Alors on se fait une petite frayeur ?

            - Je n’ai pas vraiment l’habitude de me réveiller avec un garde du corps en face des yeux.

- Il va falloir t’y faire…

- Une fois habillé j’irai travailler à la fac. Tu m’attendras ici.

- Tu rêves ! Je dois te protéger. Et ce n’est pas en restant ici que j’accomplirai mon devoir. »

L’étudiant prit un air consterné et s’en alla dans la salle de bains. Quelques minutes plus tard il en revint, prit son sac à dos et quitta la maison, son gardien à ses côtés. Après avoir marché quelques minutes, il s’arrêta. Un garçon apparut devant une des maisons en face et fit un signe de la main. Il approcha rapidement et les trois adolescents continuèrent leur chemin ensemble.

« Tu ne me présentes pas la demoiselle qui t’accompagne ?

- Pourquoi ? Elle n’est pas ici pour longtemps, alors ça n’a aucune importance…

- Parle pour toi ! Moi quand je vois une femme aussi belle je l’ignore pas ! Surtout si elle ne reste que quelques jours !

- D’accord… Elle s’appelle Rory. C’est mon garde du corps.

- Garde du corps ? Tu joues sur les mots !

- Tss…

- Rory… Ne voudrais-tu pas me protéger moi ? Lui ne le mérite pas. »

La protectrice, qui jusque là regardait dans le vide, tourna la tête vers le nouveau venu, l’ayant à peine entendu.

« Ce n’est pas de par ma volonté que je le protège. Je ne fais pas de bénévolat, alors démerde-toi !

- Tu es perfection, laisse-moi t’aimer ! »

Le garçon se jeta à genoux au-devant de la gardienne, lui prit la main et commença à la baiser. Mais le sabre satanique était déjà sur sa gorge.

« Il est formellement interdit de me toucher ! Si tu n’étais pas un ami précieux de mon protégé je te viderais de tes tripes !

- Gus, laisse-la, elle ne plaisante pas. »

Suivant le conseil, il s’éloigna de Rory. Mais au lieu de se relever il commença à formuler un poème.

« Sens-tu mon cœur qui bat ?

C’est pour toi qu’il fait cela.

Si un jour tu devais t’en aller

Pour toujours il s’arrêterait…

- Je t’attends à la fac Serens. Tu n’auras pas besoin de ma protection. Avec ça aux basques, personne ne t’approchera. »

D’un bond, Rory monta sur un toit avoisinant et partit dans la direction de l’université, laissant les deux garçons seuls.

« Gus, t’es con. »

Serens et son ami reprirent leur marche. Une fois arrivé à la fac, le jeune homme ne vit pas sa protectrice. Elle devait se cacher quelque part, l’observant de ses yeux tristes. L’heure obligeant, le garçon partit dans sa salle de cours.

« Je n’ai pas besoin de le surveiller ici… Il n’est pas en danger, il y a trop de monde… »

Rory s’éloigna de cet endroit empli de jeunes étudiants, croisant quelques fois des regards qui voulaient l’inviter à dîner mais toujours trop timides, ou effrayés peut-être, pour pouvoir lui adresser la parole. Elle grimpa sur un toit et s’en alla, de maison en maison, à la recherche d’un lieu calme.

Par Gomel - Publié dans : Rory
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Vendredi 10 août 2007

Au bout de quelques heures, l’ange gardien était retourné auprès de son protégé. Elle l’observait de son arbre, à travers la fenêtre de la salle de classe. Il était concentré sur une feuille blanche sur laquelle il avait entouré des phrases au crayon à papier. Il était bon élève ; il participait beaucoup, travaillait énormément, toujours penché sur ses classeurs. Rory admirait vraiment l’application qu’il mettait à ses études et l’ambition qui l’habitait. S’il n’avait pas été choisi, il aurait fait une brillante carrière ; il était très intelligent et savait se débrouiller pour être dans les bonnes grâces. Il était aimé d’un grand nombre d’individus. Mais la seule personne qu’il aimait ici était cet autre étudiant, Gus.

La sonnerie de la fac retentit, avertissant les élèves de la fin des cours. Serens sortit quelques minutes plus tard, ne remarquant pas Rory, à demi cachée par un arbre. Celle-ci vint à la rencontre du jeune homme.

« Alors c’est bon on a fini de bosser ? T’es sérieux dis-moi ! Trop sérieux… Tu devrais te détacher de tes études, et de ton ami aussi…

- Pourquoi ? Ça te gêne autant que ça que j’aille travailler ?

- Non. Disons simplement qu’un autre avenir t’attend…

- De quoi tu parles ? Tu ne m’as toujours pas dit pourquoi tu me protèges ! Dis-moi maintenant !

- Je ne t’ai jamais dit que j’allais t’en parler. Ça ne te regarde pas, c’est mon affaire. Alors tais-toi et profite de la situation pour faire ce qu’il te plaira… Tuer ou torturer des gens par exemple… 

- Mais bien sûr que si ça me regarde ! C’est de moi qu’il est question, non ? Alors explique-moi !

- Non. »

Serens et Rory marchèrent un petit moment et arrivèrent devant la maison de l’étudiant. Ce dernier ouvrit la porte et fit entrer son ange gardien.

« Ton ami ne nous a pas accompagné jusque chez toi ?

- Non, je lui ai dit de te lâcher. »

Cette fois ce fut la guerrière qui se tut. Elle s’installa sur le canapé, devant la télévision. Cette étrange machine l’avait fascinée. Comment des humains avaient-ils pu devenir aussi petits pour pouvoir entrer dans cette boîte noire ? Elle ne trouverait sans doute jamais la réponse, alors elle observait les images qui défilaient. Parfois même elle riait en voyant un chat se faire avoir par un petit oiseau. Mais jamais elle ne pleurait, elle en aurait trop honte, elle, déesse des Enfers. Pendant ce temps, le garçon était allé se préparer un thé. Il savait que sa protectrice ne buvait ni mangeait quoi que ce soit, alors il ne lui proposa rien.

            La sonnette retentit. Reposant sa tasse, Serens partit ouvrir. Rory n’était pas loin, surveillant l’arrivée de l’étranger. La porte ouverte laissa découvrir Gus, un bouquet de fleurs à la main.

            « Rory, mon amour ! Offre-moi tes lèvres, et voilà pour toi ces quelques fleurs ! Nous sommes destinés l’un à l’autre ! Tu es ma moitié, mon âme sœur, ma bulle ! Aime-moi ! Désire-moi !

            - Ce type est taré… Ferme la porte Serens, tu laisses entrer l’air froid ! »

Mais avant qu’il n’ait pu faire quoique ce soit, Gus se précipita à l’intérieur et se jeta aux pieds de Rory.

« Mais pourquoi ? Pourquoi m’ignorer ? Pourquoi refouler tes sentiments envers moi ?

- Serens, fais-le partir ou je m’en occupe personnellement. »

Le garçon obéit. Il attrapa son ami par le col, le traîna dehors et referma la porte. Rory regardait le ciel noir par la fenêtre, les bras croisés. Ses yeux s’étaient adoucis. Elle semblait réfléchir.

« Tu sembles pensive… C’est Gus qui t’ennuie ? Si tu veux je peux m’arranger pour qu’il ne revienne plus.

- Depuis quand tu te montres aimable avec moi ?

- Depuis que j’ai compris que tu étais humaine. »

Rory tourna la tête vers le garçon, l’œil noir. Elle descendit de son perchoir et passa à côté de Serens.

« Ne me rabaisse jamais à votre niveau. »

Elle continua son chemin, se dirigeant vers la porte afin de prendre un peu l’air. Elle avait un air plus pensif qu'agacé.

Une heure plus tard, Rory revint. Son protégé l’attendait. Rassuré, il prit sa douche et se coucha. La guerrière quant à elle s’assit sur le bureau, le dos appuyé contre le mur, son sabre entre ses mains, puis ferma ses yeux.

 

            « Aujourd’hui Rory, je vais te faire découvrir quelque chose que tu vas adorer ! Je suis persuadé que ça va t’amuser ! »

            Rory ouvrit ses paupières. Il était huit heures du matin. Le samedi, Serens ne travaillait pas. Il avait l’air enjoué, comme s’il avait trouvé l’idée du siècle.

            « Mais qu’est-ce que tu racontes… Je ne suis pas venue ici pour « m’amuser » mais pour te protéger…

            - Quoique tu dises je sais que ça va te plaire ! »

            Serens ouvrit la porte et fit passer sa gardienne, puis sortit à son tour. Une fois la maison verrouillée ils marchèrent jusqu’à un arrêt de bus, tous deux silencieux. Dans le véhicule le garçon réfléchissait. Il aurait voulu poser une question à la guerrière mais il n’osait pas, redoutant une réaction violente et excessive. Mais il prit son courage à deux mains et se jeta à l’eau.

            « Rory… Il y a une question que j’aurais aimé te poser… J’y pense depuis un moment déjà et ça me taraude l’esprit…

            - Parle, je t’écoute.

            - Tes parents… Que sont-ils devenus ? »

            L’ange gardien ne répondit pas de suite. Elle se remémorait d’abord ses souvenirs, triant ceux qu’elle acceptait de dire et ceux qu’elle voulait garder pour elle. Après un long silence gêné elle prit enfin la parole, pesant chacun de ses mots.

            « Ils sont morts. Depuis plus de dix ans maintenant. J’avais sept ans lorsque c’est arrivé, peu avant que je devienne… ce que je suis à présent. 

            - Comment c’est arrivé ? Ils ont été assassinés ?

            - Non. Un accident. Je ne me rappelle plus comment ça s’est produit. »

            La vérité était toute autre. Rory savait parfaitement ce qui était arrivé à ses parents. Et ce n’était pas dans un accident qu’ils avaient péris. Ils avaient bel et bien été tués. Elle vivait alors en Inde avec sa famille. Des hommes étaient entrés dans la maison, armés. Elle, elle s’était cachée dans un placard, tandis que ses parents étaient allés affronter l’ennemi. Quand elle sortit de son refuge, elle vit sa mère et son père, tous deux pendus, côte à côte. Elle n’avait pas oublié cette image, cette dernière image de sa vie d’enfant. Ses parents se balançaient au bout d’une corde, au-dessus de la table en bois. Des filets de sang coulaient le long de leur corps et s’écroulaient sur le buffet puis sur le plancher. Leur peau était pâle, leurs bras pendaient contre leurs côtes et leur cœur ne battait plus. Ils s’étaient défendus ensemble, ils avaient souffert ensemble et ils étaient morts ensemble. Ils avaient été libérés, à présent ils pouvaient se reposer. Mais ils n’avaient pas réussi à protéger leurs enfants. Car, alors que Rory regardait ses parents, hurlant et pleurant de rage, les hommes qui avaient fait cela l’attrapèrent elle et son frère. Depuis, elle n’eut plus aucune nouvelle du seul survivant de sa famille. Elle fut ensuite emmenée avec d’autres enfants et elle devint une âme au service de Satan.

            Le bus s’arrêta et Serens et sa compagne descendirent. Ils étaient arrivés à destination, devant un grand parc d’attraction.

            « Qu’est-ce que c’est que ça ?

            - C’est un parc d’attraction. C’est un endroit où les gens, les humains, s’amusent. On va commencer par la grande roue. C’est mon attraction préférée ! »

            Rory et son protégé avancèrent dans le parc, au milieu des stands, des barbes à papa et des enfants. La gardienne n’était pas très rassurée, entourée par cette foule. Elle n’aimait pas être cernée par tant de personnes, redoutant que quelqu’un ose la toucher, elle qui ne supportait pas le contact avec les autres. Serens lui souriait, heureux.

            Lorsqu’ils arrivèrent au pied du manège la guerrière fut effrayée. Elle n’avait jamais vu pareille attraction.

            « Une roue géante qui tourne ? C’est ça qui t’amuse ?

            - Oui ! Et après on ira au palais des glaces ! Et puis dans la maison fantôme aussi !

            - Mais quel gamin…

            - Non… Humain. Ici tout le monde s’amuse !

            - Si tu le dis »

            Serens se mit à rire, faisant rougir Rory, puis monta dans l’une des cabines de l’attraction. La guerrière pâlissait.

            « Je ne monterai pas là-dedans ! Vas-y tout seul ! Moi je t’attends là !

            - Pourquoi ? Tu aurais peur ? »

            La provocation fit réagir la gardienne qui grimpa elle aussi et s’installa aux côtés du garçon. La roue démarra. La vitesse n’impressionna pas Rory, mais la hauteur si. Elle était à plus de dix mètres du sol, peut-être même à plus de quinze mètres.

            Après quelques minutes sur la roue, le garçon et sa gardienne descendirent de l’attraction. Serens sourit et regarda son amie. Elle fixait le sol, heureuse de le retrouver. L’adolescent se mit à rire, ce qui irrita Rory.

            « C’est pas drôle. Mais alors pas drôle du tout !

            - Tu vas y survivre ?

            - Ne te moque pas ! »

            Serens ria de plus belle. Il se mit en marche vers la maison fantôme, suivi de près par son ange gardien. Cette dernière scrutait les alentours. Ils arrivèrent devant l’attraction suivante lorsque des cris retentirent. La guerrière, par réflexe, se plaça devant son protégé. Un homme arriva devant elle, grand, les cheveux noirs, un sabre à la main. Il riait.

            « Tu dois être Rory je suppose ! On m’avait informé pour toi, que le garçon était gardé de près. J’ai donc pris mes précautions… »

            L’intrus dévoila ce qu’il avait pris soin de prendre avec lui ; une fille, dans la vingtaine, un peu moins peut-être. La guerrière observa la gamine et s’esclaffa.

            « Tu crois vraiment que la vie de cette fille m’intéresse ! Ce n’est qu’une humaine ! Je me fiche totalement de sa survie ! Ce n’est qu’une proie parmi d’autres pour moi !

            - Tu es sûre ? Observe-la bien… Tu ne la connais pas ? »

            Rory dévisagea la fille. Elle avait de courts cheveux blonds et des yeux verts. Ses lèvres tremblantes trahissaient sa peur. Elle n’était pas bien grande et elle était mince. La guerrière écarquilla ses yeux, la bouche ouverte. Elle reconnaissait ce petit être en face d’elle. Les souvenirs envahirent sa tête. Profitant de l’occasion, son ennemi se jeta sur elle et planta son arme dans son ventre, la transperçant de part et d’autre de son corps. Serens pâlit. Il pensait que jamais personne ne pourrait tuer sa gardienne. L’otage poussa un cri, se voyant condamnée.

Par Gomel - Publié dans : Rory
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Mercredi 15 août 2007

            « Relève-toi fille de Satan ! Montre-moi ta force ! »

            Rory cracha son sang. Elle se redressa, titubant un peu. Les deux humains blêmirent. Elle était revenue à la vie.

            « Pauvre idiot ! Je suis immortelle ! On ne t’en a donc pas informé ?

            - Tu n’es pas immortelle ! Je sais que tu possèdes un tendon d’Achille ! Et je te conseille de me dire lequel, sinon je tue cette fille !

            - Tu n’as toujours pas compris ! La vie de cette humaine m’est complètement égal ! Tu sais pourquoi je la connais n’est-ce pas ? Alors tu devrais savoir qu’elle n’a aucun intérêt pour moi ! »

            Dégainant son sabre, Rory se jeta sur son ennemi. Ce dernier lâcha sa prisonnière qui le gênait. Mais il ne se protégea pas à temps et l’arme satanique traversa sa gorge, séparant la tête du corps.

« Avant de mourir dis-moi qui est ton maître !

- L’homme… le plus puissant… de cette ville… »

L’homme rendit son dernier soupir, ignorant la colère de la femme. Les humains étaient tous partis en courant. Il ne restait plus que la gardienne, son protégé et la fille. Cette dernière était par terre, tremblante.

            «  Vous… Vous me connaissez ? Qui… êtes-vous ?

            - Oublie-moi. Ça vaut mieux pour toi. Dis-moi juste… Quel est ton nom ?

            - Anah. Je m’appelle Anah ! »

            Des policiers accouraient vers le lieu du crime. Rory attrapa le garçon par le bras et l’entraîna loin du parc. Elle était inquiète. Quelqu’un avait engagé des tueurs pour assassiner Serens. Elle ne voulait pas traîner plus longtemps dans la rue. L’ennemi connaissait une partie de son passé. Il pouvait s’en servir pour trouver quel était son point faible.

            « Serens ! On rentre chez toi ! Et maintenant ! »

            Il ne répondit pas, comprenant le danger trop grand. Mais il avait des questions à poser à sa gardienne. Elle n’était pas humaine. Elle n’était pas morte alors qu’un sabre lui avait percé le ventre. Mais pour le moment il allait lui obéir, attendant d’être en sécurité pour pouvoir l’interroger.

Les deux compagnons étaient à présent dans le bus. Il n’y avait pas grand monde à l’intérieur. Un SDF qui voyageait, ne sachant trop où il allait, cherchant juste quelques pièces là où tant de gens étaient passés ; et un groupe d’adolescents sortant tout juste d’une fête où ils avaient picolés. L’un de ces jeunes s’approcha de Rory. Il paraissait moins soûl que ses amis. Il marchait avec assurance, sans tituber, mais ses yeux étaient rouges. Il n’avait pas bu mais seulement fumé une de ces herbes qui offraient des visions et donnaient à quiconque une envie irrésistible de rire. Il regarda l’intéressée comme s’il s’agissait d’une vieille amie qu’il n’avait pas revue depuis plusieurs années.

« Non, c’est impossible ! Tu es ! Tu es Vivi Lockheart ! »

Malgré le peu de monde, il y avait beaucoup de bruit, notamment à cause du groupe d’enivrés. La guerrière dévisagea celui qui osait venir lui parler. Mais lorsqu’elle entendit le nom qu’il avait prononcé son visage changea. Ses yeux si sombres virèrent en un bleu très clair et ses lèvres agressives s’ouvrirent de surprise. Oui elle connaissait ce nom, il n’était pas né d’une vision euphorique ou d’un esprit trop embrumé. Elle l’avait porté avant de venir au service de Satan. Ses parents l’avaient appelée ainsi. Mais cela remontait en un temps lointain et depuis elle avait beaucoup grandi. Comment aurait-on pu la reconnaître après plus de quinze ans de cela ?

« Qui es-tu insolent ?

- Tu ne me reconnais pas ? Je suis Celes ! Celes Cherre ! On était…

- Je sais qui tu es ! Je m’en souviens…

- Tu sais, je n’ai pas arrêté de penser à toi depuis tout ce temps…

- Et alors ? C’est pas réciproque !

- Mais ! Après tout ce que l’on a vécu ! »

Les bras croisés, elle ne répondit pas. Elle ne regardait même pas le garçon. Serens avait suivi le peu de conversation et resta bouche bée. Il pensait que son ange gardien n’avait jamais eu de véritable contact avec qui que ce soit. D’après l’expression du visage du garçon, il comprit que lui et Rory avaient eu une longue histoire dans le passé. Il aurait voulu savoir ce qu’il s’était passé entre eux deux mais il redoutait la réaction de la guerrière. Elle ne regardait pas les yeux de Celes, elle les avait évités dès qu’elle avait su qui il était.

« Ecoute, je te conseille de m’oublier et vite si tu ne veux pas avoir d’ennui. Je voudrais épargner à ma lame de trancher d’autres têtes, elle a déjà beaucoup travaillé…

- Tu as un sabre ? Tu es un assassin ? On te paie pour tuer ? Je n’en attendais pas moins de toi, surtout après ce qu’il est arrivé… »

La fille de Satan esquissa un petit sourire et semblait avoir les yeux mouillés. De peur d’être vue, elle se ressaisit et descendit au prochain arrêt, ne sachant où il la laisserait. Celes la suivit. Elle n’avait qu’une envie, courir entre ses bras et pleurer. Mais elle ne pouvait pas se le permettre, elle la meurtrière sans cœur. Serens aussi était descendu, anxieux. Il ne l’avait jamais vue dans un tel état. Il cavala vers elle et marcha à ses côtés.

« Serens je sais que je suis censée te protéger, pardonne-moi.

- C’est pas grave. »

Celes les rattrapa en une enjambée rapide et prit sa belle par le bras. Cette dernière devint rouge. Elle sortit son sabre et le plaça sous la gorge du garçon.

« Ose me toucher encore une fois et je te promets que je te tue ! Et toi Serens je te conseille d’oublier ce qu’il s’est passé ! Compris ? »

Personne ne fit le moindre mouvement. Ce fut l’étranger qui rompit le silence. Il s’éloigna de deux pas et s’agenouilla.

« Mes excuses… Tu n’as pas changé… »

Rory rangea son arme, agrippa son protégé et s’en alla d’une allure rapide. Lorsque Celes Cherre fut assez loin, elle ralentit un peu la marche, muette. Toujours sans un bruit, ils arrivèrent au bout d’une heure dans la maison de Serens. Ce dernier se changea et se coucha directement, trop fatigué et apeuré pour dire ou faire quoi que ce soit. Sa gardienne s’asseya sur le bureau et ferma elle aussi ses yeux.

 

« Cours ! Dépêche-toi !

- J’ai plus de force dans les jambes ! Aide-moi !

- Non ! Débrouille-toi !

- Je t’en prie ! Je vais mourir ! Sauve-moi !

- Ne t’arrête pas de courir j’arrive !

- Non ! Ne t’en mêle pas !

- La ferme, idiot ! Elle a besoin d’aide ! Il faut faire quelque chose ! Si tu ne bouges pas, moi j’agis !

- Alors vas-y ! Meurs avec elle ! C’est du suicide de l’aider ! »

 

« Elle est si belle… Et ce n’est encore qu’une enfant… On pourrait lui trouver un mari… Comme ça on ne l’aura plus à notre charge et elle, elle pourra vivre dans le luxe !

- Non, ça ne marche pas comme ça… Elle n’a aucune valeur pour qui que ce soit…

- Et ce gamin… Celui avec qui elle traîne… Ses parents sont gentils avec elle… Ils pourraient… Tu sais c’est pour elle que je fais ça…

- Je sais… Nous irons demain les voir pour leur en parler… »

 

« Mon enfant, j’ai quelque chose à t’annoncer… Tu te marieras pour tes dix-huit ans… Ses parents ont beaucoup d’argent, tu seras heureuse avec lui, tu ne manqueras de rien…

- Si… de toi… »

 

Par Gomel - Publié dans : Rory
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Mercredi 15 août 2007

La chambre était vide. Serens était dans la salle de bains. Rory s’étira et sauta du bureau. Le dimanche était un jour de repos, jour du Seigneur, et le garçon ne ferait rien de sa journée. Il se contenterait de manger des chips devant des films d’action. La guerrière ouvrit la porte d’entrée et regarda un instant son protégé.

« Je n’en ai pas pour longtemps. En théorie il ne devrait rien t’arriver pendant mon absence. Contente-toi de rester bien sagement ici, le verrou fermé.

- C’est ce que je comptais faire… Je ne comprends pas. Avant ton arrivée je vivais bien tranquillement et personne n’a jamais essayé de me…

- Des choses ont changé, ton histoire en l’occurrence, mais je ne peux pas t’en dire plus, je dois attendre que tu sois prêt. »

Rory sortit et monta sur le toit de la maison. Après s’être assurée que Serens ferme la maison à clé, elle sauta sur la toiture voisine et ainsi jusqu’à arriver devant une demeure bien précise. 

Sur son toit d’ardoise, elle observait une fille à peine plus jeune qu’elle. Elle s’était assise, les bras autour de ses genoux. Elle voyait cette enfant, heureuse, entourée d’un père et d’un petit frère qui semblaient l’aimer. Une tristesse mêlée de rage envahit la malheureuse. Et alors qu’elle espionnait jalousement encore l’adolescente, une larme cristalline apparut au creux de son œil et glissa le long de sa joue. Une deuxième, puis une troisième larme se jetèrent elles aussi dans le vide. Rory mit sa main sur sa bouche, surprenant ses pleurs. Elle ramassa son arme, se leva et fit dos à cette scène. Elle attendit un instant que ses yeux tristes retrouvent cette couleur de haine qu’elle avait, et s’en alla, sautant de toit en toit.

En deux minutes elle était revenue à la demeure de son protégé. Elle pénétra silencieusement dans la maison et entra dans la chambre de Serens. Il ne dormait pas. Il attendait.

« Tu chassais les souris ?

- Oui, et la plus grosse c’est toi.

- Tes yeux sont rougis. Toi le cœur de glace tu aurais pleuré ?

- J’avais quelque chose dans l’œil. Pourquoi ? Tu veux savoir ce que ça fait d’avoir une aiguille dans l’iris ?

- D’accord ! D’accord ! Je ne te demande aucune explication ! Euh… Je suis désolé de te demander ça mais… j’aimerais me promener dans le parc.

- C’est toi le patron. »

Le garçon revêtit une veste et sortit, suivie de son garde du corps. Ensemble, l’un derrière l’autre, ils allèrent jusqu’au parc, situé à quelques mètres de la maison de l’adolescent. Ils s’assirent sur un banc et laissèrent un blanc s’installer. Après un moment, Serens prit son courage à deux mains et voulut entamer une conversation avec Rory.

« Dis-moi… D’où viens-tu ?

- En quoi ça te regarde ?

- Je voulais juste savoir… »

L’ange gardien regarda son protégé. Il observait le sol, un peu triste. Elle ressentit alors un peu de remords.

« Je viens d’Inde. De Kanpur.

- Alors tu n’es pas du Japon !

- Belle déduction Sherlock !

- Et depuis quand tu es ici ?

- C’est un interrogatoire ?

- Non, je voudrais juste en savoir plus sur toi, puisque nous devons vivre ensemble un certain temps.

- Très bien. Je suis au Japon depuis que j’ai sept ans à peu près.

- Pourquoi as-tu déménagé ici ?

- Je n’ai pas déménagé, je me suis faite enlevée.

- Et tu as été revendue, c’est ça ? Je suis désolé.

- Non je n’ai pas été revendue. J’ai été mise au service de… de cette organisation. Depuis je travaille pour eux. J’ai été nommée bras droit de leur chef il y a maintenant quelques années.

- Tu enlèves des enfants ?

- Non, je suis une meurtrière. Cette organisation ne se contente pas d’enlever des gosses. Elle fait tout ce qui pourrait être dit de « mal ».

- Et moi dans tout ça, je suis quoi ?

- Je te l’ai dit, tu n’es pas encore prêt à le savoir… Mais un grand avenir t’attend. »

Serens semblait perdu. Il ne savait pas ce qui l’attendait et il en était effrayé. Mais que pouvait-il faire d’autre qu’attendre la fin de tout cela ? Il n’était pas question qu’il fasse appel à la police, ce serait mettre trop de vies en jeu. Il avait déjà pu voir de quoi était capable son garde du corps.

Rory se leva et scruta le parc. Elle fit un signe au garçon pour lui faire comprendre de ne pas bouger et de rester silencieux. Elle s’avança de quelques pas et un homme, menaçant,  sortit de nulle part pour faire face à la guerrière. Cette dernière observa l’étranger et gloussa.

« Tu es ma nouvelle souris, c’est ça ? Alors j’espère que tu seras de taille et que je pourrais m’amuser un peu avant de te tuer ! »

            L’ennemi était un homme de grande taille, entièrement habillé de noir et les cheveux blonds. Les milliers d’étoiles dans le ciel brillaient aussi fort que les yeux de Rory. Elle avait enfin un adversaire avec lequel elle pourrait jouer. Il portait un sabre plus épais que le sien.

            « Tu vas te casser un ongle ma jolie.

            - Et toi toutes tes dents. »

            La gardienne courut vers l’homme masqué, arme en main. Ce dernier, d’un coup de sabre, la repoussa d’au moins deux mètres. Il en profita pour galoper vers elle et la blesser à l’épaule.

            « Tu disais que j’étais la souris c’est ça ? Depuis quand la proie devient prédateur ? Ou alors ce serait l’inverse ? »

            Quelques gouttes de sang tombèrent au sol. Pour la première fois son ennemi serait intéressant à battre. Rory tenta d’oublier son mal et se jeta sur l’ennemi qui esquiva l’attaque. Elle fit un pas en arrière et frappa de son pied le visage blond. En le reposant au sol elle s’accroupit pour prendre de l’élan et bondir. L’homme fut surpris et ne vit que trop tard le sabre s’abattre sur son épaule. Il tomba sous le choc et roula un peu plus loin. La plaie était profonde, laissant découvrir le blanc de ses os. Des gouttes de sueur perlaient sur son front. La femme, debout, se remit en garde, le sabre à la verticale, le souffle haletant. L’ennemi se mit à rire ouvertement.

            « Oui, vas-y ! Frappe-moi ! Enfin je m’amuse ! C’est avec délice que je vais te découper en morceaux ! C’est quoi le suivant ? Ta main ? Ok, c’est parti !

            - Ce type est frappé… S’il ne m’a pas tuée tout à l’heure c’était un acte volontaire. Il veut me tuer à petit feu, en découpant chacun de mes membres un à un ! »

            Serens, qui suivait la scène, était effrayé. Il était collé contre un mur, les yeux écarquillés et la bouche à demi ouverte.

            « Mais pourquoi ce cinglé me poursuit ?! Rory ! Tu es au courant de quelque chose que je devrais savoir ! C’est quoi cette merde ?!

            - Tais-toi et garde ton sang froid. Ce gars est un envoyé de Dieu… J’ai besoin de calme pour le vaincre.

            - Quoi ?! Mais il me reproche quoi Dieu ?! J’ai été si infidèle que ça pour qu’il m’en veuille à ce point ?!

            - Mais non. Ne cherche pas à comprendre pour l’instant, c’est trop tôt. Content-toi de rester calme. »

            Rory se redressa et se concentra. Une légère lumière bleue brilla autour de son corps. La lueur semblait s’être évaporée de l’âme de la gardienne. Cette dernière regarda son ennemi avec insistance.

            « Tu es prêt mon amour ? Car à partir de maintenant c’est moi qui aie l’avantage… »

            Elle tendit sa main vers l’intrus et l’ouvrit. Une forme ronde y apparut, de couleur noir et argentée, grandissant chaque seconde jusqu’à devenir aussi large qu’une tête. Rory leva sa main à hauteur de ses lèvres et souffla légèrement. La boule de magie décolla alors rapidement de la paume, se dirigeant vers l’ennemi. Celui-ci se jeta sur le côté, tentant de l’éviter, mais elle le suivait malgré lui, le touchant de plein fouet au visage.

            « Cela faisait longtemps que je n’en avais pas rencontré ! Tu es au service du diable, n’est-ce pas ? Donc je suppose que tu es immortelle ! Dans ce cas… »

            Mais Rory ne lui laissa pas le temps de faire quoi que ce soit. Elle se rua sur lui et coupa l’un de ses bras.

            « Ecoute-moi bien ! Je ne te tuerai pas tant que je ne saurai pas qui t’a envoyé assassiner mon petit protégé ! Mais ne te crois pas pour autant sauvé ! Je vais te torturer jusqu’à ce que tu craches le morceau ! »

            La guerrière empoigna la gorge de son ennemi et le menaça de son sabre. Il riait jusqu’à en avoir les larmes aux yeux.

            « Donne-moi ton nom !

            - Je n’ai pas de nom, comme toi je suis un orphelin sans famille et sans identité.

            - Ne te moque pas de moi ! »

            L’ange de Satan lança un poing sur le visage de l’homme, lui brisant le nez. Il ravala sa salive et mais ne redevint pas pour autant sérieux. Un grand sourire se dessina sur sa face à l’adresse de la femme.

            « Dans ce cas tu peux m’appeler Slice. Mais ne me fais pas de mal s’il te plaît ! Je te dirai tout ce que tu veux ! »

            Assurée que Serens ne voyait rien de ce qu’il se passait, Rory planta son arme dans la joue de son adversaire.

            « Tu as intérêt à me vouvoyer ! Je suis ton nouveau maître mon chéri ! Alors maintenant dis-moi qui est celui qui a voulu tuer mon protégé ! »

            Slice frotta la main qui lui restait sur sa jambe, un sourire crispé aux lèvres, et tourna son regard vers le sol.

            « Mon maître… Enfin mon ancien maître… est l’homme le plus puissant de la ville… 

            - Je sais déjà ça !

            - Euh… Oui… Euh… Il me semble que son nom est Enkidu.

            - Dis-moi où il est !

            - Vous ne le trouverez jamais ! Il est caché là où les anges même de Satan ne peuvent aller ! Il est dans l’endroit le plus reculé du monde !

            - Les guerriers des Enfers peuvent aller partout ! Dis-moi où il se cache !

            - Je n’en sais rien moi ! Personne ne sait où est le maître ! Je vous le jure ! Tout ce que je vous ai dit est incertain ! C’est une rumeur qui court c’est tout ! Mais je peux vous dire qui pourra sans doute vous aider…

            - Parle je t’écoute…

            - Promettez-moi avant que vous ne me ferez rien de mal et que vous ne me tuerez pas !

            - Je t’en donne ma parole.

            - Le prêtre Malak. Il vit dans cette ville. Dans la seule église de cette ville. »

            La guerrière lâcha son prisonnier qui retomba lourdement sur le gravier. Elle le fixa mais lui ne la regardait pas. Il était effrayé, il avait peur de ce qui allait se passer à présent qu’il avait tout confessé et qu’il ne servait donc plus à rien. Rory le dévisagea. Elle saisit son sabre et d’un coup rapide trancha la gorge de son ennemi.

            « Ceux qui appartiennent aux Enfers n’ont aucune parole… »

            La guerrière laissa le corps de son ennemi sur le sol et s’en retourna vers Serens. Ce dernier tremblait mais il tentait de se maîtriser. Il regarda sa gardienne dans les yeux puis baissa les siens. Il n’osait plus parler mais il s’efforça d’esquisser quelques mots.

            « Qu’est-ce… Qu’est-ce que tu vas faire maintenant ? »

            Rory dévisagea le garçon. Elle rangea son sabre et agrippa son protégé par le bras.

            « Toi tu rentres chez toi, moi je vais voir ce Malak. »

Par Gomel - Publié dans : Rory
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Mercredi 15 août 2007

            Sans rien dire de plus, elle raccompagna Serens et partit, de toit en toit, jusqu’à l’église de la ville. Elle la trouva sans trop de difficultés. Cependant elle hésita à y entrer. Ce genre d’endroits était réputé dangereux pour tout être maléfique qui y pénétrait. Mais elle poussa tout de même la porte et s’infiltra dans le lieu de culte.

            A l’intérieur il y avait une dizaine de personnes qui priaient mais aucun homme de Dieu. Elle s’enfonça un peu plus dans l’église jusqu’à arriver devant les lignées de bancs. Là, elle se tourna vers tous les pieux, le sabre en l’air, et s’écria :

            « Sortez ! Je suis l’envoyée du mal et je viens ici défier votre Seigneur ! Ce ne sera pas beau à voir alors je vous conseille de vous en aller ! »

            Les hommes et les femmes alors présents se levèrent tous et partirent en courant, la plupart en poussant des cris. Ils se bousculaient pour se précipiter les premiers vers la sortie. Rory s’esclaffa devant ce spectacle puis appela de nouveau :

            « Je suis ici afin de voir le prêtre Malak ! Montre-toi vermine que je te purifie ! »

            Une silhouette émergea alors d’une pièce du fond et s’approcha de la guerrière. Elle s’avança jusqu’à quelques mètres de la femme. C’était un homme, grand et chauve, en habit noir. La tenue typique d’un homme d’église. Il tenait ses mains jointes avec un grand sourire.

            « Tu n’as pas eu peur de pénétrer dans ce lieu saint, pécheresse. Mais je vais m’arranger pour que tous tes crimes soient punis.

            - Toi, tu ne peux rien contre moi. Il n’y a même pas une heure j’ai tué l’un de tes hommes. Slice il me semble.

- Ce nom ne me dit rien, tu fais erreur.

- Ne cherche pas d’échappatoire, il t’a balancé… Tes hommes te sont tellement fidèles…

- Ne les juge pas, seul Dieu le peut. Qui es-tu pour venir me provoquer en ce lieu saint ?

- Je suis le bras droit du Seigneur des Enfers !

- Et que veux-tu de moi ?

- Je veux savoir qui est le responsable des tentatives de meurtre de Serens.

- Le Seigneur veut la paix sur Terre, et pour cela il éliminera tous ceux qui chercheront à l’en empêcher…

- Remballes tes salades et réponds-moi !

- Je suis fidèle à Dieu, jamais je ne dirai quoi que ce soit…

- Soit. Tes hommes ont tous craqué sous ma lame, tu le feras aussi ! »

Rory se jeta, le sabre en avant, sur le prêtre. Mais alors qu’elle le frappa de plein fouet, elle ne toucha que du vide. Malak était entouré d’une sorte de bouclier qui le protégeait de toute attaque physique ou magique.

« Le mal ne peut pas me toucher. Tes mains sont ornées de sang, tu es trop sale pour pouvoir m’atteindre. Je te laisse une dernière chance, Dieu sait pardonner ses brebis. Oublie-moi. Oublie celui qui t’utilise. Oublie ton passé et reprends une vie normale. Je peux te guider dans le droit chemin si tu le souhaites.

- Mais qu’est-ce que tu me racontes ? Retire ta carapace et affrontes-moi comme un homme ! »

Le prêtre fit quelques pas sur le côté, laissant paraître derrière lui une enfant d’une quinzaine d’années. La guerrière fut surprise. Elle ne s’attendait pas à ce que cet homme se serve d’un humain pour la combattre. La fille avait un chapelet de métal divin, cerné de pointes acérées, dans sa main droite. Elle se tenait la tête baissée et les bras pendants. Malak observa la réaction de Rory, qui restait bouche bée, et il sourit.

« Les présentations… Rory, voici Eden, mon élève, je l’ai recueillie alors qu’elle venait d’être abandonnée aux Enfers, comme toi, seulement elle, elle m’a écouté. Eden, je te présente Rory, une des filles de Satan. Ne soyez pas trop longues… »

L’enfant fit quelques pas en avant et releva sa tête. Ses yeux bleus contrastaient avec sa chevelure brune. Elle semblait avoir dix ans avec son visage enfantin et sa robe de poupée. La gardienne des Enfers se montra froide et brandit son sabre. Ce fut elle qui courut la première vers l’ennemi. Elle assenait la petite de coups mais cette dernière ripostait avec son chapelet. Elle le maniait avec tellement de rapidité qu’il devenait aussi dur que de la pierre lorsqu’il recevait des chocs. Au bout d’un moment, Eden fit tourner son arme et la lança vers le sabre pour l’enlacer et le jeter plus loin au sol.

Rory regarda la lame partir puis observa la fille. Elle était calme et savait parfaitement ce qu’elle faisait. Sans doute le chapelet ne devait pas être sa seule arme, elle possédait probablement quelque pouvoir divin. La guerrière songea donc à utiliser ses propres maléfices, mais avant même qu’elle ait eu le temps de faire quoi que ce soit Eden lui frappa le visage avec le chapelet, puis les jambes et le ventre, la faisant tomber à genoux. L’ange de Satan voyait son sang couler le long de son visage et glisser au sol. Elle regarda ses mains rougies, la bouche entrouverte. Elle n’avait pas eu le temps de voir les coups arriver, tout s’était déroulé trop rapidement. Eden quant à elle ne parut pas surprise et ne laissait deviner aucune trace d’une satisfaction quelconque. La gardienne se tenait le ventre avec sa main, voulant retenir le sang qui s’en allait.

« Comment pourrais-tu être aussi forte à ton âge ? Tu n’es qu’un démon, comme moi ! »

L’enfant regarda Rory dans les yeux, vide d’expression. Elle la dévisageait comme si elle l’étudiait.

« Je suis peut-être un démon mais je sers les forces du bien. Tu as peur, n’est-ce pas ? Tu es effrayée à l’idée de perdre contre moi et d’être châtiée par ton maître. Tu te sens toute petite face à moi, tu as l’impression de n’être que l’une de ces proies que tu chasses. Allons, n’essaie pas de cacher ces craintes, laisse-moi les étreindre à jamais. Après tout, tu sais parfaitement que tu ne vivras que jusqu’à la première faute que tu feras, cette faute qui t’attirera les foudres de Satan. Alors offre-moi ton âme ! 

- Mais qui es-tu ? Comment peux-tu savoir tout cela ? Tu… Tu aurais lu mes pensées ?

- Pauvre orpheline, n’essaie pas de gagner du temps. C’est inutile. Je fus esclave de Satan il fut un temps. Et il est possible, même pour des anges déchus, de mourir. Tu es tellement triste, pourquoi ne veux-tu pas en finir avec tout cela ? J’ai le pouvoir de te libérer, laisse-moi faire. »

Avec quelques difficultés, Rory se releva, la main toujours contre son ventre. Elle tituba un peu et se mit à marcher en face de la petite sainte.

« Non. Tu ne lis pas mes pensées… Tu veux seulement me le faire croire mais tu n’es pas assez douée pour ça. Tu vois, Eden… Tu permets que je t’appelle par ton nom ? Peu importe… Tu vois, au fond tu m’attristes. Tu t’es laissée embobiner par ce vieux prêtre, croyant que tu courrais à ta perte aux côtés des « méchants ». Mais tu ne te rends même pas compte à quel point tu n’es que la marionnette de Malak ! Il t’utilise mais une fois que tu lui seras devenue inutile il se débarrassera de toi ! Regarde-toi ! Tu n’as que quinze ans et tu es déjà couverte de sang ! Et c’est pour servir le bien tu dis ? Mais Dieu bannit la violence et la cruauté ! Même moi, pécheresse, je le sais ! Alors comment peux-tu l’ignorer ? »

La guerrière fixa son adversaire, attendant quelles seraient les réactions de l’enfant. Cette dernière tomba à genoux et se mit à pleurer. Rory courut vers elle et l’enveloppa de ses bras.

« Ne pleures plus. Viens avec moi et je te protégerai de tout cela… »

Eden leva ses yeux vers la protectrice et d’un geste rapide lui passa le chapelet autour de la gorge.

«  Quelle faiblesse ! C’est indigne d’une fille de Satan ! Comment peux-tu t’attendrir face à une petite fille ? Pauvre idiote ! Tu vas mourir parce que tu es devenue trop humaine ! Je veux ta tête ! »

La gorge de la gardienne se resserrait petit à petit. Le sang coulait depuis les pointes en métal enfoncées dans son cou et Rory sentait sa respiration diminuer. Mais elle attrapa les bras de son ennemie et fit apparaître dans chacune de ses mains une boule d’énergie argentée. Les poignets d’Eden explosèrent alors, laissant les mains et le chapelet tomber au sol. La guerrière haleta un instant. L’enfant, elle, tomba par terre. Elle n’essaya pas de se relever et resta couchée, la bouche ouverte, surprise. L’ange des Enfers se pencha vers elle et lui caressa le visage.

« Tout à l’heure, tu versais de véritables larmes, n’est-ce pas ? Tu ne voulais qu’une chose… Mourir, parce que tu savais que j’avais raison. Ses mots t’avaient séduite. Mais c’est pardonnable, tu étais si jeune… Tu n’aspirais qu’à une chose, avoir un parent à qui t’attacher… Mais il s’est révélé que Malak n’était pas un père comme tu l’aurais voulu. Ne t’inquiètes pas, Dieu sait pardonner à une enfant. Tu iras au Paradis et tu y retrouveras ta famille. »

Des larmes glissaient le long des joues d’Eden, mouillant ses longs cheveux. Elle regardait le plafond de l’église, là où un ange avait été peint, s’envolant vers le ciel. Rory lui caressa la chevelure et versa une unique larme.

« N’aie pas peur de mourir… Tu n’es pas seule, je vais t’accompagner… »

La gardienne se leva et ferma les yeux. Elle se concentra un instant, les poings fermés. Le corps de l’enfant se souleva petit à petit, s’émietta puis s’envola en poussière. Rory tourna alors son regard vers le prêtre qui avait attendu là tout ce temps. Il prit peur et voulut s’enfuir au fond de la chapelle. Mais l’ange gardien disparut pour réapparaître devant lui.

« Toi ! »

A chaque pas qu’elle fit elle repoussait d’un coup de poing Malak. Ses yeux étaient devenus noirs. Elle ne voulait pas le tuer. Elle voulait le torturer comme il avait torturé la pauvre Eden.

« Je vais te détruire ! »

Rory s’arrêta tandis que le prêtre, lui, continuait de reculer. Il voulut calmer la vengeresse avec un grand sourire mais elle ne montra aucun signe de défaillance.

« Voyons, voyons ! Nous pouvons trouver un compromis ! Si je te dis tout ce que tu veux savoir tu me laisses vivre et puis je disparais ! Tu n’entendras plus parler de moi !

- C’est ce dont je vais me charger…

- Je t’en prie, laisse-moi vivre ! J’ai encore tant à faire ! Je suis encore si jeune ! Pense aux enfants qu’il me faut aider !

- C’est justement pour eux que je vais te démolir… »

Par Gomel - Publié dans : Rory
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Jeudi 16 août 2007

Enfermé dans sa chambre Serens attendait le retour de sa gardienne. Cela faisait plus d’une heure qu’elle l’avait quitté. Il s’inquiétait pour elle. Bien qu’elle soit démone elle avait aussi ses faiblesses. Il ramassa ses clés et sortit de la maison. La guerrière lui avait dit de rester barricadé mais il ne voulait pas la laisser seule. Il courut jusqu’au par cet s’arrêta, essoufflé. Il s’assît sur un banc et plongea sa tête entre ses mains. A ce moment-là un garçon s’approcha de lui.

« C’est toi qui accompagnais Vivi hier soir ? Ça tombe bien j’aurais voulu te parler… 

- Désolé mais vous faites erreur, je ne connais pas de Vivi… »

Après un court moment de réflexion l’étudiant releva son visage. Il reconnut ce garçon de la veille qui était venu aborder Rory dans le bus. Il se leva et serra sa main.

« Euh… Oui, désolé, c’est bien moi. Je n’ai pas l’habitude d’entendre son véritable nom alors… Enfin si c’est bien son vrai nom…

- Oui c’est son nom. Pourquoi ? Elle l’aurait changé ? »

Serens hésitait. Il ne voulait pas faire de tort à son amie en révélant ce qu’il savait d’elle à un homme à qui elle semblait ne plus vouloir parler. Pourtant il avait l’air inoffensif. Il paraissait être quelqu’un de confiance qui ne ferait de mal à personne.

« A présent elle s’appelle Rory. Je ne sais pas grand chose d’elle… Juste qu’elle est née en Inde… Elle ne m’a jamais rien dit de plus. J’ai cru comprendre que ses parents étaient morts mais elle ne veut pas dire la vérité sur eux…

- Oui je sais tout cela. Je vivais près de chez elle. Nous étions de très proches amis à l’époque. Vraiment très proches… »

Serens voulait en savoir plus sur son passé mais n’osait pas l’avouer. Alors il regarda ses chaussures. Il était jaloux. Jaloux de savoir que ce garçon avait vécu un long moment avec elle. Jaloux que ce garçon sache bien plus de choses que lui sur « Vivi ». Celes s’assît sur le banc et invita l’étudiant à en faire de même.

« Tu voudrais en savoir, n’est-ce pas ? D’accord je vais te parler d’elle. Mais avant j’aimerais savoir quelque chose. Est-ce que tous les deux… vous êtes ensemble ? »

L’adolescent fut surpris de cette question et ses joues rougirent. Il n’osait pas regarder son interlocuteur dans les yeux. Il commença à aligner quelques mots maladroits pour tenter de lui répondre.

« Je… Enfin nous… Non. Nous ne sommes pas ensembles…

- Je vois… A moi de tenir parole maintenant. Nous devions avoir huit ans lors de notre rencontre. Nous n’étions pas encore amis mais nous connaissions les mêmes personnes. Un jour il était prévu que notre groupe aille assassiner le chef de notre pays. Mais nous n’étions que des gosses alors je te laisse imaginer. La mission a bien sûr échoué et nous avons dû fuir. A ce moment-là nous étions trois, Vivi, moi et un autre ami. Vivi a trébuché sur des racines et s’était blessée la cheville. L’autre garçon a continué de courir et d’ignorer ses cris alors je suis allé l’aider. Depuis nous étions devenus les meilleurs amis du monde. On avait laissé tomber les autres gars du clan et elle venait souvent chez moi. Puis un jour nos parents ont décidé que nous nous marierions lors de notre majorité. Mais son père et sa mère ont été assassinés peu de temps après cette annonce, pendus devant ses yeux. Voilà toute l’histoire. »

Serens était abasourdi. Il s’était imaginé beaucoup d’histoires sur le passé de sa gardienne mais jamais une de la sorte. Il resta bouche bée, ne sachant trop quoi dire. Celes prit alors la parole, devinant le garçon gêné.

« Qui est-elle à présent ? Comment tu l’as rencontrée ?

- Je… Je ne sais pas.. Enfin, elle a débarqué chez moi un soir avec son sabre à la main en prétendant être mon garde du corps. Apparemment elle travaille pour une société ou je ne sais trop quoi qui répand le mal un peu partout. Mais elle ne m’a jamais expliqué pourquoi elle me protégeait. Quand je l’interroge elle me répond que le moment de dévoiler la vérité n’est pas encore arrivé. Dis-moi, tu es venu au Japon pour la retrouver ? Tu veux toujours l’épouser ?

- Non je te rassure, je ne compte pas l’épouser. Je suis venu au Japon pour suivre une autre femme.

- Je vois… »

Un silence s'établît un instant. Au bout d’une minute Gus arriva. Il fit de grands signes à son ami et courut vers lui. Il manqua de peu de trébucher sur un caillou puis se jeta sur le banc aux côtés de l’étudiant, un grand sourire aux lèvres.

« Serens ! Tu t’es encore fait un ami ? Tu n’as plus besoin de moi j’ai l’impression ! Tu ne m’as pas donné de nouvelles depuis un moment ! Tu me manques tu sais… Comment va ta copine ? Rory ? Elle me manque elle aussi ! »

Le garçon prit un air consterné. Mais cela lui rappela ce pour quoi il était sorti de chez lui. Il se leva rapidement mais ne put partir, retenu par son ami.

« Gus s’il te plaît je suis pressé, il faut que je parte !

- Pas avant que tu m’aies donné des nouvelles de ma copine…

- Quoi ? ta copine ? Elle veut pas de toi crétin ! Ce n’est pas toi qu’elle aime ! »

Le blondinet relâcha son camarade et se leva à son tour. Ses traits étaient sérieux. Sans prévenir il décocha un coup de poing à Serens.

« C’est comme ça que tu me remercies d’être là pour toi ? Très bien… Tu veux Rory ? Alors il va falloir la gagner…

- Je ne veux pas Rory…

- Tu ne l’aimes pas ? Elle t’est indifférente ? C’est quoi le problème ? Elle est trop moche pour toi ? Ou trop stupide peut-être ? 

- Mais non pas du tout ! Je ne suis pas amoureux c’est tout, je te la laisse !

- Tu parles d’elle comme si c’était une marchandise ! Je vais t’apprendre à la respecter moi ! »

Les poings serrés, Gus commença à provoquer son ami. Ce dernier ne voulait pas se battre mais il ne sait quelle raison le poussa à frapper. Les deux garçons se cognaient dessus. Celes s’éclipsa, ne voulant être témoin de ces gamins. Quelques secondes s’écoulèrent à peine et Rory arriva. Elle avait entendu des cris et des coups et avait reconnu son protégé. Elle s’approcha d’eux et les observa. Elle s’amusait trop pour pouvoir intervenir. Mais lorsqu’elle vit des gouttes de sang apparaître elle attrapa les deux adolescents, sans craindre les coups qui étaient portés au hasard.

« Ça va ? On a fini de jouer ? Serens, je suis censée te protéger ! Comment veux-tu que j’accomplisse ma besogne si tu sors comme ça sans prévenir !

- Mais… C’est lui qui a commencé !

- Quel gamin… »

La guerrière relâcha Gus, le regard froid. Son nez était en sang et ses joues étaient rouges. Il n’osait pas bouger. Il était terrifié par ces yeux noirs.

« Essaie rien qu’une seule fois de toucher encore à Serens et je te tue ! Fais-toi pardonner ! A genoux ! »

Il s’exécuta sur-le-champ, sans discuter. Rory gifla le garçon, attrapa son protégé par le bras et s’en alla rapidement. Tous les deux marchèrent en silence jusqu’à la maison. Une fois à l’intérieur la fille des Enfers fit asseoir Serens et le regarda droit dans les yeux.

« Pourquoi ? Pourquoi t’es-tu battu avec ce triple idiot ? »

L’adolescent ne répondit pas. Il baissa la tête et rougît.

« Tu voulais prouver quoi ? Que tu n’avais pas besoin de moi ? Que tu étais capable de te défendre face à tes agresseurs ? Raconte-moi, pour une fois je t’écoute !

- Non, je ne voulais rien prouver du tout… Il m’a provoqué et j’ai réagis. Je ne voulais pas qu’il me prenne pour un lâche… 

- Pourquoi ? C’est lâche de refuser de se battre ? De refuser de faire du mal aux autres ? Tu n’es un abruti… »

Rory était folle de rage. Si un ennemi était arrivé avant elle il aurait attaqué Serens et l’aurait tué. Il était irresponsable. Elle s’apprêta à sortir quand le garçon se mit à parler, l’arrêtant dans son élan.

« Lorsque j’étais au collège je n’avais aucun ami. Je me faisais harceler par tout le monde. Personne ne m’aimait. J’étais le bouffon du bahut. Alors quand je suis entré au lycée j’ai voulu que ça change. J’ai bossé comme un malade pour être le meilleur partout et me faire admiré de tous. Je n’avais pas de vie. Je ne sortais jamais et je n’avais toujours aucun ami. Puis j’ai rencontré Gus. Je travaillais sous un arbre et il est venu me voir. Il est devenu mon meilleur ami. Depuis ce jour ma popularité a grimpé et tout le monde m’enviait. Je ne sais pas exactement pourquoi, et franchement je ne veux pas le savoir, ça m’est égal. Je suis vraiment très heureux d’avoir rencontré Gus. Sans lui je ne serais rien. et je m’en veux de m’être battu avec lui. Mais il est tellement jaloux et possessif ! »

La gardienne, après avoir écouté ce qu’il avait à dire sortit.

Par Gomel - Publié dans : Rory
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Dimanche 19 août 2007

            Rory avait pris l’habitude d’aller le soir sur un toit pour observer Anah. Mais cette fois, elle resta plus longtemps, absorbée par ses pensées. Toujours elle avait sur ses joues quelques fines larmes d’argent. Ses yeux de coutume inexpressifs reflétaient haine et tristesse.

            La gardienne n’avait encore jamais vu de mère auprès d’Anah ; peut-être n’existait-elle pas.

            Il devait être minuit. Dans le salon il n’y avait personne. Rory décida d’aller fouiner un peu dans la chambre de la fille. Elle fit le tour de la maison et s’arrêta devant une fenêtre. Là, elle vit Anah, l’air désespérée. Elle ne pleurait pas mais ses yeux étaient mouillés. Son père entra dans la pièce et s’asseya aux côtés de l’enfant. Il posa sa main sur sa jambe puis sur sa joue, et l’embrassa. Il commença à retirer ses vêtements mais Anah le repoussa.

            « Ne me touche pas ! J’en ai marre ! Ne m’approche plus ! »

            L’homme se leva et l’attrapa par les cheveux. Il la jeta à terre et la frappa du pied.

            « Laisse-toi faire ! Sinon je n’aurai d’autres choix que de te forcer ! »

            Rory ne put rester là sans réagir. Elle se jeta par la fenêtre, brisant le verre qui lui griffa le visage. Elle roula au sol et atterri derrière le père. Celui-ci n’eut pas le temps de se défendre que la pointe du sabre meurtrier s’enfonça dans son dos.

            « Anah. C’est toi qui dois me dire si je l’achève. A moins que tu ne veuilles tuer ce salaud par toi-même…

            - Je… Je ne suis pas un assassin !

            - Très bien, alors je le laisse vivre.

            - Non ! »

            Surprenant ce qu’elle venait de dire, Anah masqua sa bouche de ses mains. Rory, souriante, poussa son sabre, transperçant ainsi le dos du père. Ce dernier tomba à genoux. La meurtrière retira lentement son arme rougie et l’homme s’effondra sur ses mains, crachant du sang. Anah fit un pas en arrière, les larmes aux yeux, la main aux lèvres.

            « Il est… mort ?

            - Ça te dégoûte ? Ce n’est pourtant pas la première fois que tu voies la mort il me semble. »

            La fille s’arrêta soudainement de trembler, regardant dans le vide, la bouche à demi ouverte. Des images se brusquèrent dans sa tête, s’entrechoquant. Un homme en noir. Une arme à feu. Une enfant enragée. La mort. Oui, ce n’était pas la première fois qu’elle voyait la mort. Elle l’avait rencontrée il y a plusieurs années de cela.

            « Qui es-tu ?

            - Aujourd’hui je suis l’ange de Satan. Il y a quelques années, je fus ta meurtrière.

            - C’est toi la fille dans mes cauchemars !

            - Hahaha ! Je t’ai traumatisée à ce point ?

            - Mais… Pourquoi l’as-tu tué ?

            - Il m’énervait, c’est tout. »

            Rory rangea son arme dans son fourreau et trempa son doigt dans le sang frais. La fille était apeurée. Est-ce que cet ange venait terminer ce qu’elle avait commencé ? Sinon pourquoi elle serait là. Anah ne bougeait pas, elle ne savait pas ce qu’elle devait faire. Fuir ou bien rester ? La peur l’immobilisait de toute façon. Ses doigts bougeaient à peine et sa voix tremblait un peu.

            « Tu sais, je ne t’en veux pas d’avoir voulu me tuer. J’aurais agi de la même manière si j’avais été à ta place.

            - Quoi ?! Regarde-toi ! Tu serais incapable de tuer qui que ce soit ! Tu n’as même pas pu te défendre face à ça ! »

            La gardienne montrait le père de son doigt et souriait, satisfaite. Anah regarda le sol, reconnaissant la vérité.

            « Mais… Tu ne m’as pas tuée non plus. C’était cet homme en noir qui l’a fait, avec son arme à feu.

            - Qu’est-ce que tu racontes ? C’est moi qui…

            - Tu n’y as jamais repensé ? Comment une fillette de cinq six ans aurait pu tuer quelqu’un de cette manière ? Et je l’ai vue son arme. Un silencieux. »

            Rory fut surprise de cette remarque. Elle n’avait pas tort. Et cette gamine ne saurait pas mentir, surtout pas à elle. Elle se mit à rire ouvertement, les mains sur les hanches.

            « Alors il avait tout prévu ! Il se servait déjà de moi à cette époque !

            - Il a gardé les enfants qui étaient en vie ?

            - Non. Ceux qu’il a laissés vivre ont été vendus. Et il a vendu les organes de ceux qui étaient morts.

            - Et tu restes sous ses ordres malgré cela ?

            - Je suis un assassin. Je me fous de ce qu’il fait. Mon travail est de tuer, je ne vaux pas mieux que lui. Et le sang ne me déplaît pas. J’aime ce métier.

            - Tu es pardonnée. »

            Anah souriait à la meurtrière. Cette dernière fit une grimace et tapa doucement la tête de la fille.

            « Idiote. On ne pardonne pas celui qui vous a tué.

            - Mais moi je veux te pardonner !

            - Toi t’as toujours pas grandie. Ecoute. Je ne serai pardonnée qu’à ma mort… Et c’est toi qui m’achèveras. Là tu auras ta vengeance. Ce sont les règles du milieu assassin. Maintenant je m’en vais, je dois retourner travailler. »

            Rory sauta de nouveau par la fenêtre déjà brisée pour atterrir dans le jardin. Mais Anah lui courut après et cria son nom.

            « Rory ! Et je fais quoi moi maintenant ?

            - Tu te démerdes.

            - Mais je suis toute seule ! Je ne pourrai jamais me débrouiller sans aide !

            - Bon, très bien. Tu n’as qu’à emménager chez mon protégé. Il fera avec.

            - Et mon petit frère ? Je ne peux pas l’abandonner !

            - Sois tu viens avec moi seule, sois tu continues d’aller de famille en famille avec ton frère.

            - D’accord ! Je te suis ! »

            Anah passa par la fenêtre, prenant soin de na pas se couper. Elle rejoint sa nouvelle protectrice d’un pas mal assuré, laissant derrière elle son passé.

Par Gomel - Publié dans : Rory
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Mercredi 22 août 2007
[ En vérité ce n'est pas la fin du roman, mais je m'arrêterai là, entre autres parce que je n'ai pas écrit la suite, donc lorsque j'aurai terminé et publié Rory je vous préviendrai, et si vous désirez connaître la suite, il vous suffira d'aller l'acheter^^ ]



            Toutes les lumières de la maison étaient éteintes. Rory entra, accompagnée de sa protégée. Comme tous les soirs, l’étudiant ne dormait pas.

            « Serens, je te présente Anah. Dorénavant, elle vivra sous ce toit.

            - Quoi ? Non mais tu crois pas qu’il faudrait peut-être me demander si ça ne me dérange pas ! C’est ma maison quand même ! C’est moi qui paie le loyer, je travaille moi ! Tu me protèges d’accord mais c’est moi le maître des lieux !

            - Tu feras avec. »

            Serens resta bouche bée. Il regardait son ange gardien sans savoir comment il devait réagir. Lui tenir tête ou battre en retraite ? Finalement il se plia à la décision de Rory.

            « Anah, je m’appelle Serens. Là c’est ma chambre, au fond du couloir il y a les toilettes et juste à côté la salle de bain. En bas des escaliers c’est la salle à manger et la cuisine. Il y a un canapé, tu pourras y dormir.

            - Non, non Serens… Toi tu dors sur le canapé et elle dans le lit. Et ne cherche pas à discuter, c’est comme ça c’est tout. »

            Le garçon était abasourdi. Comment osait-elle lui parler comme cela ? Mais il préféra ne rien dire ; il tenait à garder tous ses membres. Anah ne bougeait pas. Elle restait devant la porte, la bouche ouverte, la main suspendue dans le vide. Elle était gênée. C’était de sa faute. Si elle n’avait pas supplié Rory de la prendre, cette scène n’aurait pas eu lieu.

            « Je… Euh… Je suis désolée… C’est de ma faute si… »

            Surpris, Serens se tourna vers la jeune fille. Il tenait ses yeux grands ouverts et observait la nouvelle venue comme s’il venait tout juste de la voir.

            « Euh… Un souci monsieur Serens ?

            - Non. Mais je m’attendais plus à ce que tu sois une sorcière aussi bourrue, têtue et insupportable que Rory. Mais tu es tout le contraire ! Charmante, gentille et généreuse… C’est avec plaisir que je t’accueille ici ! »

            Rory descendit de sa table et s’approcha du garçon, se plaçant entre lui et Anah. Elle le regardait d’un œil mauvais.

            « Bourrue, têtue et insupportable ? Charmante, gentille et généreuse ? Tu ne la connais même pas idiot ! Elle n’est peut-être pas du tout comme tu le penses !

            - Mais regarde-la ! Comment elle se tient, comment elle nous regarde, ses joues roses ! Tout se lit en elle ! 

            - Crétin ! 

            - Attends… Tu ne serais pas la fille du parc d’attraction ? 

            - Si ! C’est moi-même ! D’ailleurs merci de m’avoir sauvée là-bas ! Mais… Au fait, il disait que tu me connaissais… Tu venais souvent me voir, n’est-ce pas ? C’est ta présence que je sentais alors… Et… Tu voyais… »

            Depuis son arrivée la gardienne esquivait sans cesse le regard d’Anah. Mais pour la première fois elle la considéra.

            « Non. Aujourd’hui était la première fois que je voyais ce qu’il se passait. Je ne savais pas… Donc oui. C’est pour cela que je te connaissais auparavant. Je venais souvent te voir chez toi.

            - Mais pourquoi ?

            - Ça ne te regarde pas… »

Voyant qu’un silence s’apprêtait à s’installer, Serens

Par Gomel - Publié dans : Rory
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