La chambre était vide. Serens était dans la salle de bains. Rory s’étira et sauta du bureau. Le dimanche était un jour de repos, jour du
Seigneur, et le garçon ne ferait rien de sa journée. Il se contenterait de manger des chips devant des films d’action. La guerrière ouvrit la porte d’entrée et regarda un instant son
protégé.
« Je n’en ai pas pour longtemps. En théorie il ne devrait rien t’arriver pendant mon absence. Contente-toi de rester bien sagement ici,
le verrou fermé.
- C’est ce que je comptais faire… Je ne comprends pas. Avant ton arrivée je vivais bien tranquillement et personne n’a jamais essayé de
me…
- Des choses ont changé, ton histoire en l’occurrence, mais je ne peux pas t’en dire plus, je dois attendre que tu sois
prêt. »
Rory sortit et monta sur le toit de la maison. Après s’être assurée que Serens ferme la maison à clé, elle sauta sur la toiture voisine
et ainsi jusqu’à arriver devant une demeure bien précise.
Sur son toit d’ardoise, elle observait une fille à peine plus jeune qu’elle. Elle s’était assise, les bras autour de ses genoux. Elle voyait
cette enfant, heureuse, entourée d’un père et d’un petit frère qui semblaient l’aimer. Une tristesse mêlée de rage envahit la malheureuse. Et alors qu’elle espionnait jalousement encore
l’adolescente, une larme cristalline apparut au creux de son œil et glissa le long de sa joue. Une deuxième, puis une troisième larme se jetèrent elles aussi dans le vide. Rory mit sa main sur sa
bouche, surprenant ses pleurs. Elle ramassa son arme, se leva et fit dos à cette scène. Elle attendit un instant que ses yeux tristes retrouvent cette couleur de haine qu’elle avait, et s’en
alla, sautant de toit en toit.
En deux minutes elle était revenue à la demeure de son protégé. Elle pénétra silencieusement dans la maison et entra dans la chambre de
Serens. Il ne dormait pas. Il attendait.
« Tu chassais les souris ?
- Oui, et la plus grosse c’est toi.
- Tes yeux sont rougis. Toi le cœur de glace tu aurais pleuré ?
- J’avais quelque chose dans l’œil. Pourquoi ? Tu veux savoir ce que ça fait d’avoir une aiguille dans l’iris ?
- D’accord ! D’accord ! Je ne te demande aucune explication ! Euh… Je suis désolé de te demander ça mais… j’aimerais me
promener dans le parc.
- C’est toi le patron. »
Le garçon revêtit une veste et sortit, suivie de son garde du corps. Ensemble, l’un derrière l’autre, ils allèrent jusqu’au parc, situé à
quelques mètres de la maison de l’adolescent. Ils s’assirent sur un banc et laissèrent un blanc s’installer. Après un moment, Serens prit son courage à deux mains et voulut entamer une
conversation avec Rory.
« Dis-moi… D’où viens-tu ?
- En quoi ça te regarde ?
- Je voulais juste savoir… »
L’ange gardien regarda son protégé. Il observait le sol, un peu triste. Elle ressentit alors un peu de remords.
« Je viens d’Inde. De Kanpur.
- Alors tu n’es pas du Japon !
- Belle déduction Sherlock !
- Et depuis quand tu es ici ?
- C’est un interrogatoire ?
- Non, je voudrais juste en savoir plus sur toi, puisque nous devons vivre ensemble un certain temps.
- Très bien. Je suis au Japon depuis que j’ai sept ans à peu près.
- Pourquoi as-tu déménagé ici ?
- Je n’ai pas déménagé, je me suis faite enlevée.
- Et tu as été revendue, c’est ça ? Je suis désolé.
- Non je n’ai pas été revendue. J’ai été mise au service de… de cette organisation. Depuis je travaille pour eux. J’ai été nommée bras droit
de leur chef il y a maintenant quelques années.
- Tu enlèves des enfants ?
- Non, je suis une meurtrière. Cette organisation ne se contente pas d’enlever des gosses. Elle fait tout ce qui pourrait être dit de
« mal ».
- Et moi dans tout ça, je suis quoi ?
- Je te l’ai dit, tu n’es pas encore prêt à le savoir… Mais un grand avenir t’attend. »
Serens semblait perdu. Il ne savait pas ce qui l’attendait et il en était effrayé. Mais que pouvait-il faire d’autre qu’attendre la fin de
tout cela ? Il n’était pas question qu’il fasse appel à la police, ce serait mettre trop de vies en jeu. Il avait déjà pu voir de quoi était capable son garde du corps.
Rory se leva et scruta le parc. Elle fit un signe au garçon pour lui faire comprendre de ne pas bouger et de rester silencieux. Elle s’avança
de quelques pas et un homme, menaçant, sortit de nulle part pour faire face à la guerrière. Cette dernière observa l’étranger et
gloussa.
« Tu es ma nouvelle souris, c’est ça ? Alors j’espère que tu seras de taille et que je pourrais m’amuser un peu avant de te
tuer ! »
L’ennemi était un homme de
grande taille, entièrement habillé de noir et les cheveux blonds. Les milliers d’étoiles dans le ciel brillaient aussi fort que les yeux de Rory. Elle avait enfin un adversaire avec lequel elle
pourrait jouer. Il portait un sabre plus épais que le sien.
« Tu vas te casser un
ongle ma jolie.
- Et toi toutes tes
dents. »
La gardienne courut vers
l’homme masqué, arme en main. Ce dernier, d’un coup de sabre, la repoussa d’au moins deux mètres. Il en profita pour galoper vers elle et la blesser à l’épaule.
« Tu disais que j’étais
la souris c’est ça ? Depuis quand la proie devient prédateur ? Ou alors ce serait l’inverse ? »
Quelques gouttes de sang
tombèrent au sol. Pour la première fois son ennemi serait intéressant à battre. Rory tenta d’oublier son mal et se jeta sur l’ennemi qui esquiva l’attaque. Elle fit un pas en arrière et frappa de
son pied le visage blond. En le reposant au sol elle s’accroupit pour prendre de l’élan et bondir. L’homme fut surpris et ne vit que trop tard le sabre s’abattre sur son épaule. Il tomba sous le
choc et roula un peu plus loin. La plaie était profonde, laissant découvrir le blanc de ses os. Des gouttes de sueur perlaient sur son front. La femme, debout, se remit en garde, le sabre à la
verticale, le souffle haletant. L’ennemi se mit à rire ouvertement.
« Oui, vas-y !
Frappe-moi ! Enfin je m’amuse ! C’est avec délice que je vais te découper en morceaux ! C’est quoi le suivant ? Ta main ? Ok, c’est parti !
- Ce type est frappé… S’il ne
m’a pas tuée tout à l’heure c’était un acte volontaire. Il veut me tuer à petit feu, en découpant chacun de mes membres un à un ! »
Serens, qui suivait la scène,
était effrayé. Il était collé contre un mur, les yeux écarquillés et la bouche à demi ouverte.
« Mais pourquoi ce cinglé
me poursuit ?! Rory ! Tu es au courant de quelque chose que je devrais savoir ! C’est quoi cette merde ?!
- Tais-toi et garde ton sang
froid. Ce gars est un envoyé de Dieu… J’ai besoin de calme pour le vaincre.
- Quoi ?! Mais il me
reproche quoi Dieu ?! J’ai été si infidèle que ça pour qu’il m’en veuille à ce point ?!
- Mais non. Ne cherche pas à
comprendre pour l’instant, c’est trop tôt. Content-toi de rester calme. »
Rory se redressa et se
concentra. Une légère lumière bleue brilla autour de son corps. La lueur semblait s’être évaporée de l’âme de la gardienne. Cette dernière regarda son ennemi avec insistance.
« Tu es prêt mon
amour ? Car à partir de maintenant c’est moi qui aie l’avantage… »
Elle tendit sa main vers
l’intrus et l’ouvrit. Une forme ronde y apparut, de couleur noir et argentée, grandissant chaque seconde jusqu’à devenir aussi large qu’une tête. Rory leva sa main à hauteur de ses lèvres et
souffla légèrement. La boule de magie décolla alors rapidement de la paume, se dirigeant vers l’ennemi. Celui-ci se jeta sur le côté, tentant de l’éviter, mais elle le suivait malgré lui, le
touchant de plein fouet au visage.
« Cela faisait longtemps
que je n’en avais pas rencontré ! Tu es au service du diable, n’est-ce pas ? Donc je suppose que tu es immortelle ! Dans ce cas… »
Mais Rory ne lui laissa pas le
temps de faire quoi que ce soit. Elle se rua sur lui et coupa l’un de ses bras.
« Ecoute-moi bien !
Je ne te tuerai pas tant que je ne saurai pas qui t’a envoyé assassiner mon petit protégé ! Mais ne te crois pas pour autant sauvé ! Je vais te torturer jusqu’à ce que tu craches le
morceau ! »
La guerrière empoigna la gorge
de son ennemi et le menaça de son sabre. Il riait jusqu’à en avoir les larmes aux yeux.
« Donne-moi ton
nom !
- Je n’ai pas de nom, comme
toi je suis un orphelin sans famille et sans identité.
- Ne te moque pas de
moi ! »
L’ange de Satan lança un poing
sur le visage de l’homme, lui brisant le nez. Il ravala sa salive et mais ne redevint pas pour autant sérieux. Un grand sourire se dessina sur sa face à l’adresse de la
femme.
« Dans ce cas tu peux
m’appeler Slice. Mais ne me fais pas de mal s’il te plaît ! Je te dirai tout ce que tu veux ! »
Assurée que Serens ne voyait
rien de ce qu’il se passait, Rory planta son arme dans la joue de son adversaire.
« Tu as intérêt à me
vouvoyer ! Je suis ton nouveau maître mon chéri ! Alors maintenant dis-moi qui est celui qui a voulu tuer mon protégé ! »
Slice frotta la main qui lui
restait sur sa jambe, un sourire crispé aux lèvres, et tourna son regard vers le sol.
« Mon maître… Enfin mon
ancien maître… est l’homme le plus puissant de la ville…
- Je sais déjà
ça !
- Euh… Oui… Euh… Il me semble
que son nom est Enkidu.
- Dis-moi où il
est !
- Vous ne le trouverez
jamais ! Il est caché là où les anges même de Satan ne peuvent aller ! Il est dans l’endroit le plus reculé du monde !
- Les guerriers des Enfers
peuvent aller partout ! Dis-moi où il se cache !
- Je n’en sais rien moi !
Personne ne sait où est le maître ! Je vous le jure ! Tout ce que je vous ai dit est incertain ! C’est une rumeur qui court c’est tout ! Mais je peux vous dire qui pourra sans
doute vous aider…
- Parle je
t’écoute…
- Promettez-moi avant que vous
ne me ferez rien de mal et que vous ne me tuerez pas !
- Je t’en donne ma
parole.
- Le prêtre Malak. Il vit dans
cette ville. Dans la seule église de cette ville. »
La guerrière lâcha son
prisonnier qui retomba lourdement sur le gravier. Elle le fixa mais lui ne la regardait pas. Il était effrayé, il avait peur de ce qui allait se passer à présent qu’il avait tout confessé et
qu’il ne servait donc plus à rien. Rory le dévisagea. Elle saisit son sabre et d’un coup rapide trancha la gorge de son ennemi.
« Ceux qui appartiennent
aux Enfers n’ont aucune parole… »
La guerrière laissa le corps
de son ennemi sur le sol et s’en retourna vers Serens. Ce dernier tremblait mais il tentait de se maîtriser. Il regarda sa gardienne dans les yeux puis baissa les siens. Il n’osait plus parler
mais il s’efforça d’esquisser quelques mots.
« Qu’est-ce… Qu’est-ce
que tu vas faire maintenant ? »
Rory dévisagea le garçon. Elle
rangea son sabre et agrippa son protégé par le bras.
« Toi tu rentres chez
toi, moi je vais voir ce Malak. »